Idée-couloir: Trois couloirs en Sibérie


Par Sandra sur 1 janvier 1970 · 0

Cest trois idées-couloirs nous sont présentés par notre ami François Kern qui est parti six semaines en Sibérie en compagnie de ses accolites

Couloir Frozen Schnaps

Nous y sommes ! Après 18 mois de préparation, 2 vols depuis les Alpes, 5 jours de Transibérien depuis Moscou, après 5 jours de pulkas sur une rivière gelée, et surtout après les 3 heures nécessaires pour nous équiper par un froid extrême, nous attaquons enfin notre première sortie skis aux pieds !

Les jours précédents nous ont permis de repérer une première fois les lignes possibles de la vallée, et celle­-ci, dont le cheminement se dessine clairement dans la face nous a semblé évidente, incontournable.

Ce matin, comme depuis quelques jours, nos thermomètres semblent figés sur leurs -31°C dans la cabane, où le poêle ne change plus grand chose. Par chance, nous sommes respectueux des traditions locales, et avons avec nous quelques bouteilles de vodka. Idéal pour se rendre compte que nous avons désormais franchis la barre des -40°C, cette dernière étant gelée, sous abri.
Nous voilà donc partis, avec un soleil qui ne semble pas vouloir nous réchauffer autre chose que le moral. Une petite bise nous rafraîchie encore un peu en arrivant sur la rivière que nous empruntons pour atteindre le pied du couloir. Au bout de quelques mètres, deux d’entre nous doivent déjà se protéger le visage, dont les extrémités commencent à blanchir de façon inquiétante.

La journée s’annonce froide, mais nous sommes ultra motivés et la distance autant que les premiers mètres de dénivelée défilent vite. Trop vite. Nous avons quitté la rivière et son courant d’air, le soleil est monté un peu, et l’exposition est propice, nous avons chaud. La contre pente qui nous conduit au pied du couloir nous permet d’arriver beaucoup trop sûr de nous au pied du couloir où nous nous équipons, crampons aux pieds et skis sur le dos. Nous laissons nos grosses doudounes, pour ne garder que les légères, dans les sacs.

Jeunes inconscients ! Comme des collants-pipette qui pensaient pouvoir sortir en collant sans récolter moqueries et quolibets, nous avons cru que la Sibérie était un pays chaud en Mars. Au bout de 15 mètres, notre pente s’enfonce entre les reliefs marqués, le soleil se cache à nouveau, et il fait froid !

Trop excités, trop téméraires, nous continuons de monter. Parfois, une contrepente nous permet de retrouver le soleil et quelques degrés. Entre temps, nous marchons en tentant de garder nos doigts, le visage couvert, la capuche en place.

On se relais rapidement, et Thibaut, dont notre grâce semble éveiller l’oeil de
photographe, commence à ne plus pouvoir récupérer ses doigts entre chaque prise de vue. De notre coté, on s’arrête de plus en plus souvent, et une brise qui remonte le couloir n’arrange rien à la situation.

Il semble clair que nous avons retrouvés les -40°C bien frappés de la vallée.
Finalement, entre la température qui devient réellement inquiétante, et une accumulation qui ne nous rassure pas plus, nous décidons de filer et de skier, enfin !

On s’équipe au plus vite et nous sommes déjà en train d’enchainer les premiers virages. Du moins, de tenter de les enchainer. Je me lance le premier (droit d’ainesse peut­-être, à moins que ce ne soit « fusible »). Malheureusement je constate rapidement que je suis incapable de skier à mon aise. Je pense d’abord à de la neige ou de la glace restée sous les skis mais il n’en est rien. Je me fais une raison et laisse la piètre qualité de mes
virages sur le compte de ma fatigue. Mais Rémi, puis Nacho, sont dans le même état et font le même constat : ils n’arrivent pas à skier, n’ont pas de sensations. C’en est drôle.
(et surtout frustrant, dans 30cm de poudre et plus de 45° de pente)

Puis nous repassons au soleil, et tout va mieux. L’explication est là : la neige était trop froide pour skier. Beaucoup trop froide, entre une température franchement négative et un ciel très dégagé, le tour est joué, rien ne glisse !

Tout est revenu à la norme, hormis la température mais il faudra se faire une raison, et nous skions un couloir superbe, assez long, tout poudre, qui a aussi l’avantage de nous donner à voir plusieurs autres vallées et une belle série de pentes qui semblent skiables.

Premiers virages de ce voyage russe, et nous rentrons vers notre cabane, non sans pousser sur la rivière (et sur les bâtons) où le froid semble avoir trouvé refuge, même après une journée de soleil.

Couloir Australie

Pour cette sortie, nous avons délégué le travail d’écriture (et la trace) à Nacho, notre Catalan.
Nous vous demanderons donc d’être courtois, tolérants, et de ne pas faire de blagues sur le sujet, oh combien sérieux, de l’indépendance de la Catalogne.

"Le lever du soleil toujours froid à la cabane qui se trouve à la confluence de deux vallées mais l’envie de ski rends la sortie des duvets moins brutale. Apres quelques jours de notre départ de Novaya Chara nous commençons à être calés en organisation, fonte de glace, remplissage thermos, ptit dej’, préparation matos, et BAM ! Sur les skis.
Il neige, il neige, ça nous fait sourire vu que, avant quitter la France, nous avions quelques doutes sur les précipitations dans ce coin de la Sibérie. Par contre, on s’était pas raté avec nos prévisions sur froid, il est toujours bien présent, un peu moins extrême que les journées précédentes (voir sortie Frozen Schnaps http://www.skitour.fr/sorties/frozen-schnaps,72051.html?new=m#down) mais notre thermomètre de poche est toujours bloqué aux alentours du -30°C, comme d’hab’.
Nous sortons de la cabane avec l’envie de bouger pour faire passer le froid et les onglets. On marche sous la neige en direction du fond de la vallée N, vu les précipitations et la manque de visibilité nous laissons tomber pour un autre jour les grandes pentes et les grands couloirs donc on choisit un petit couloir qu’on avait repéré la veille. La chute de neige est intense, même en marchant sur la rivière gelée nous avons du mal à repérer les couloirs qu’on avait vu les jours de repérage.

On monte tranquillement et même avec une visi pourrie notre naturiste préféré arrive à trouver des poules (lagopèdes), assez impressionnant quand même…. On arrive à la fin de la vallée et on commence à remonter la pente sans même le couloir qu’on s’est décidé à skier. Petit à petit, on aperçoit l’entrée du couloir et on cherche un bon itinéraire pour y accéder.
Le couloir est très esthétique, la partie basse est large, on s’arrête à l’abri à la hauteur de la conne de déjection, on déchausse et on sort les crampons."

"Ça brasse, mais j’adore ça ! Il neige toujours mais nous sommes bien protégés du vent dans le couloir, ça nous empêche pas de se prendre dans la gueule quelques spin drifts de temps en temps.
Très vite on trouve un ressaut qu’on passe par la rive gauche, après il est plutôt rectiligne, toujours bien encaissé et homogène en pente. On franchi un petit passage étroit avant d’arriver à la partie sommitale du couloir, qui se trouve sur une arête, à 400 ou 500 m du sommet de la face. On arrive en haut du couloir.
On chausse et nous n’attendons pas des siècles, le couloir est tellement en bonnes conditions… Les gars me laissent y aller en tête. Bref, chaque virage c’est la Fiesta. Je m’arrête dans un bon abri pour laisser passer le sluff et attendre le reste. C’est classe de voir les copains se gaver !!! Remi lâche les freins et skie à fond la partie intermédiaire du couloir, avant d’arriver au petit ressaut qu’on contourne avant de skier en grands virages la partie basse du couloir.
Ça y est, on s’est gavé, on a skié de la super poudre bien fraîche en Sibérie, mais ça c’était que le début du voyage…. "

Couloir 180

Après notre visite dans « l’attaque tique » il nous fallait absolument retourner dans ce vallon. Nous avions par ailleurs dressé une liste des lignes qui nous attiraient, afin de ne pas nous disperser de trop, de bien cibler les pentes et de pouvoir les surveiller.

Ici, deux lignes de part et d’autre de la combe. Un bon moyen de varier les plaisirs, de faire des images de face, et aussi d’être moins nombreux dans les pentes, donc d’avoir plus de place !
Thibaut et Nacho filent dans la ligne qu’ils surnommeront « Jenski » pour des raisons qui leur sont propres (ou pas).

De notre coté, avec Rémi, on file sur un second itinéraire qui semble plus court, mais bien étroit, encaissé, joli.
Thibaut et Nacho ne savent pas encore qu’ils vont manquer le plus beau du voyage.

On attaque donc sous les grandes parois de granit qui ne manquent pas de nous rappeler certaines lignes de Baffin, la banquise en moins. Rapidement à l’ombre, puis dans une petite brume qui remonte, quelques spin-drift viennent encore ajouter un peu à cette ambiance extraordinaire. Et puis à deux le rythme est plus lent, et même si je raconte toujours quelques idioties, les sons se font plus rares, le moment est superbe.
Rapidement nous arrivons à la première étroiture, et la pente s’accentue. La neige quant à elle est toujours aussi abondante, et on brasse. On brasse beaucoup. Les gars vont regretter de ne pas avoir choisi celui-là, c’est vraiment le plus beau du coin.

Seconde étroiture. Cette fois c’est vraiment raide, et puis c’est étroit, et la neige… la suite va être grandiose.
Enfin, pour ne pas trop changer des sorties précédentes, on bute à 5 mètres de la sortie, sous une corniche abondante protégée par un ressaut rocheux, lui même protégé par un tapis de gobelet. Pas besoin d’insister, un petit replat sous une dalle et nous ne pensons plus à chercher une sortie.

La brume s’ouvre enfin et nous entendons déjà Thibaut qui au loin nous invite à commencer la descente qu’il va filmer depuis le vallon.
Le premier virage annonce la couleur: blanche !
Le second, annonce la pente: raide.

Puis les virages s’enchaînent, on rabote un peu dans les étroitures où nos skis passent, à 2 cm près, et bientôt le rythme s’accélère.
Le temps de passer les 2 chatières, nous n’avons rien vu passer et déjà nous sortons l’un derrière l’autre, dans un nuage de poudre, sans prendre le temps de laisser refroidir les cuisses. C’est trop bon.
Les gars, en bas, doivent entendre nos cris de joie. C’était vraiment la plus belle ligne.

On les rejoint bientôt, surexcités (et presque un peu inquiets de ce qu’ils ont pu trouver).
Nos premiers mots se superposent avec les leurs « on a skié un truc de dingue ! ».
Reste à savoir lequel des deux couloirs était réellement le plus beau du monde ce jour là…


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